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Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 2

Vie antérieure…

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Épisodes : un | deux | trois | quatre

Suite…

Bref, tout fonctionnait correctement dans le meilleur des mondes de la présentation visuelle traditionnelle, entre gutta et Composphère, encre de chine et copyproof…
Nous utilisions ces mêmes procédés pour réaliser des diapos 35 mm ! Et ce jusqu’à l’arrivée du Lisa… Mais reprenons calmement…

Si le tirage d’une présentation sous la forme de transparents de rétro projection ou en plusieurs exemplaires photocopiés était déjà une opération complexe, que dire des diapositives !

Que l’on comprenne bien ce qui était alors la réalisation d’une “slide” (d’une page de rapport ou de présentation)…

Tout était dessiné à la main (illustrations à main levée, les graphiques financiers, les flèches), les valeurs montées en place à la Composphère ou frappées sur un morceau d’adhésif (sticker) puis découpées une à une (si, si !!) au cutter et placées en habillage autour du graphique via un simple contrôle visuel sur une table lumineuse…

Idem pour le bloc texte, le titre étant généralement saisi sur une autre page, puis monté son document graphique, véritable mille-feuille… !

Faire une diapo était une authentique bricolage

Or, il manquait une composante : la couleur.

Pour ceux qui n’ont pas suivi, les photocopieuses, véritables monstres nécessitant pratiquement un technicien à leur service à la veille d’une grosse présentation, ne produisaient que des copies noir et blanc.

Pourtant le process pour faire une diapo est objectivement le même : montage papier de chaque planche mais, avec une variante importante, les surfaces des graphiques sont pochées en noir ou remplies de zip à trame plus ou moins dense, en réserve pour la couleur à venir.

Une fois le document validé par le consultant en charge de sa présentation, la slide papier était photographiée au banc arts graphiques Agfa pour être transféré sur un film “lith” (…Pour lithographie).

Bref, tout ce qui était blanc sur l’original deviient noir.
Et tout ce qui est noir… devient transparent. Une inversion complète…

Le lith était développé dans des bains comme un tirage photographique (activateur, fixateur) puis séché immédiatement au sèche-cheveux !

Toutes les pétouilles (…comprendre points transparents en trop dans la zone noire) bouchés au feutre indélébile noir.

Inversement les parties transparentes avec quelques poussières noires étaient grattées délicatement à la lame de rasoir (Gillette…!), si besoin était.

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••• edit | avril 2024 | encore une précision car depuis vingt ans, les lames de rasoir sont désormais des packs de 5 lames maintenues ensembles… Ici, j’évoque bien des lames de rasoir individuelles comme pour les derniers rasoirs à main…!! Je suis allé récupérer ce visuel…

Une fois ce lith réalisé et testé (bien opaque s’entend, opacité qui se dégradait selon l’oxydation du révélateur dans l’heure que suivait…), il fallait le mettre en couleurs avec des trames Mecanorma transparentes.
Des films, aplats de couleurs unies, des gélatines adhésives si vous préférerez…

Ce travail s’effectuait sur une table lumineuse et toujours au cutter… Un travail rigoureux où il était indispensable de ne pas oublier d’une planche à l’autre que telle couleur était attribuée à telle référence, telle autre à telle entreprise, etc.

Bref, on baignait littéralement dans l’odeur du révélateur, nous passions constamment de la chambre noire en lumière inactinique (lumière rouge) au studio éclairé a giorno

Sans oublier le stress dû à la « deadline » incompressible, c’est-à-dire le jour et l’heure de la présentation proprement dite.

Du lith unique au labo photo…

Pendant pas mal d’années, ce process permettait de ne fabriquer qu’un unique exemplaire de chaque diapo.

En effet, le document papier d’origine était photographié et reproduit sur un film lith mais au format 40 par 40 mm !

Je ne vous raconte pas le travail à la loupe ! Une fois la slide traitée, il suffisait de la placer sous caches dotés de verres anti-newton et le tour était joué. Néanmoins, c’était risqué.

Très vite, les clients ont souhaité avoir une copie de leur présentation quand ce n’était pas les consultants pour projeter sur deux écrans….

Avec Béatrice, nous avons mis en place une solution qui consistait à reproduire le document papier source sur film lith… mais au format A4.
Cela reste l’une de nos premières contributions1

Ensuite nous traitions ce grand lith A4 en couleurs — format nettement plus confortablement que le timbre poste 40 x 40 mm — puis l’utilisions comme original à photographier en plusieurs exemplaires avec un appareil photo 35 mm et des films Ektachrome 64.

Nous avions un Nikon F2 motorisé accroché à une platine, elle-même fixée sur une colonne à crémaillère pour réaliser la mise au point. et un objectif macro Nikkor de 55 mm avec, intercalé devant l’objectif, des gélatines Kodak orangées…

Le lith grand format était posé sur une table lumineuse (lumière équilibrée type 5500° K), des caches en carton noir assurant le masquage périphérique du lith (…la table lumineuse étant plus grande que le lith A4, il fallait éviter les fuites de lumière).

Et il ne restait plus qu’à photographier — dans une relative obscurité — en « n » exemplaires chaque lith source avant de passer au suivant. Etc.

Dans l’ordre de la présentation pour faciliter ensuite le montage des diapos dans les carrousels… Et toujours d’équerre, les titres à la même hauteur d’une slide à l’autre…

Béatrice se chargeait de toute la mise en couleurs (…travail d’orfèvre demandant une maxi concentration) et moi de la réalisation des liths au banc de reproduction Arts Graphiques puis de la prise de vue de ces liths mis en couleurs.

Ensuite, c’était l’envoi par coursier.
Dans 90 % des cas nous assurions le dépôt directement dans la boite de réception des films du labo2 en rentrant chez nous vers 2 ou 3 heures du matin — un milier de bobines de films ektachrome ont fini leur course dans la boîte de chez Picto, villa des Entrepreneurs….

Puis l’attente aux petites heures (vers 06:30 du matin) du développement des films (…le bouton de la sonnette que l’on laissait enfoncé des dizaines de minute chez Picto, avant de voir les gars du labo débouler du sous-sol), la vérification et montage sous caches verre des diapos dans l’ordre de la présentation suivi d’une traversée de Paris à fond de train pour livrer le carrousel (ou dans des panodias) à l’hôtel Bristol (ou ailleurs).

Pas le droit à l’erreur, la présentation avait lieu une heure plus tard !

Tout ce qui précède fut notre quotidien durant des années.
Je dormais deux heures ces nuits là (nous habitions Versailles). Je me réveillais vers 05:00 avant de filer par l’autoroute A13, le périphérique, les quais de Seine après la porte de Saint-Cloud, franchir le Pont Mirabeau, remonter l’avenue Émile Zola et arriver aux entrepreneurs et tourner pour trouver une place de parking avant d’aller sonner chez Picto….
Ensuite je montais les diapos sous caches et remontait la présentation dans le carrousel dans l’ordre… Puis repartait livrer en voiture en priant pour qu’il n’ait pas d’embouteillages… ou donnait la précieuse présentation à notre fidèle équipe de coursiers en moto…

Et Lisa arriva…

Là, vous pouvez passer ces quelques paragraphes car ils narrent notre propre rencontre avec Lisa

En 1984, dans la salle d’attente de mon dentiste (mon copain Paul-Jean Chouteau, trop tôt disparu…), je patientais en tournant fébrilement les pages du Nouvel Observateur et je tombe sur un cahier publicitaire évoquant le dernier né d’Apple, Lisa

Dès le lendemain, j’étais rue du Renard à Paris chez International Computer pour suivre une démonstration…

La présentatrice ()Judith Kertész me semble-il) fut appelée au téléphone et je lui emprunta aussitôt le …mulot (alias la souris) du Lisa…

Je me souviens de l’instant où je dessina mon premier rectangle sous LisaDraw (alias Lisa 7/7).

Pfffff : inutile de vous dire que je fus subjugué car je voyais de mes propres yeux l’énorme gain de temps dans la réalisation de nos graphiques, des planches… Sans oublier la typo que l’on pouvait saisir autour des objets graphiques, gras ou italique sans se flinguer les ongles avec les changements des boules de composphère

Avec Béatrice, mon associée, nous passâmes commande de notre Lisa quelques jours plus tard après avoir convaincu notre banquier (une agence du Crédit Agricole auquel nous sommes restés fidèles…!) de nous accorder un prêt pour l’acquisition de cette machine.

Le plus incroyable, stupéfiant fut son soutien pour nous permettre d’obtenir ce prêt… Mais il était sensible à la technologie et à Apple…!
De plus, notre petite société venait à peine d’être fondée le premier avril 1984 et, total hasard, huit ans après la pomme…!
Nous n’avions — de facto — aucun bilan comptable à lui remettre, aucun business plan.
En revanche, comme responsable d’Agence, il avait analysé notre activité de graphistes indépendants depuis une demi-douzaine d’années, connaissait le nom de nos clients.
Et, c’est dingue, il nous a fait confiance.

Imprimante matricielle et premières impressions !

Ne connaissant rien à l’informatique, je fis seul l’installation du Lisa dans notre studio, mort d’angoisse ! Les nombreux cartons jonchaient le sol et je déballais chaque composant pour le raccorder au Lisa…

Merci encore à Christophe Droulers (aujourd’hui chez MyScript) qui me rassura au téléphone : je me vois encore tenant la première disquette d’installation de l’OS et passant un coup de fil à Christophe pour être certain que je ne l’introduisais pas dans le mauvais sens…!
Mais il fit mieux… il passa nous voir rue du Mont-Thabor…

Notre premier outil de PREAO fut LisaDraw

Il nous permettait de faire sur l’écran toutes les opérations que nous faisions auparavant avec de multiples outils (lire l’épisode 1).

C’était magique !

Dessiner un graphique (ou l’importer depuis LisaGraph), l’habiller, changer les trames, modifier le texte, le déplacer, le réduire, c’était fabuleux…

Certes l’impression était horriblement longue et bruyante sur l’imprimante matricielle (une Apple ImageWriter) que nous avions acquise en même temps mais le résultat, bien qu’imparfait, bluffait nos clients…

Bref, il nous manquait un périphérique…

Épisodes : un | deux | trois | quatre


  1. Je me demande toujours pourquoi nous avons été les premiers à y penser… ↩︎

  2. Ou chez Central Color. Ou encore chez RainbowColor (rue du Mont-Thabor) quand nous avions de la marge. ↩︎

le 04/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Trans |B|A|R| 3.0.1 sous OSX

Créer des codes barres

dans typo | usages

Besoin quotidien dans mon job de graphiste, le recours à une réserve pour ajouter un code-barres via un film en bequet n’est plus compatible avec la réalisation de .pdf haute définition… !

C’est pour cela que nous avons depuis longtemps investi dans Trans |B|A|R|

Quartet.fr propose un excellent outil depuis des années, une petite usine à créer du code-barres et a sorti son utilitaire en version OSX en milieu d’année.

Le but de ce produit est de créer des codes barres au format EAN 13 par exemple. Il est livré pour cela avec des polices postscript superbes qui affichent le code-barres à la taille souhaitée. Énorme avantage : on gère du coup ces informations cruciales avec une typo adaptée que l’on peut de plus lier à un format style dans InDesign ou FrameMaker et non via des images TIF ou EPS comme des produits concurrents… Bref, une solution légère, souple et efficace qui, du coup, peut s’interfacer avec une base de données…

La version sous OSX bénéficie de polices redessinées et essentiellement de la possibilité de mouliner un tableau de données en spécifiant quelle colonne doit être transformée en EAN… !

Bref, du confort même si l’on savait exporter une colonne de données de FileMaker en fichier texte, la traiter sous Trans |B|A|R| et la réimporter dans le même ordre à nouveau dans FileMaker.

Néanmoins, il n’est pas inutile de conserver sa vieille version classic qui tourne plus vite dès qu’il s’agit de mouliner un bon millier de fichiers (opération assez rare, je le reconnais)… Ou alors lancez cette opération pendant que vous partez déjeuner…

J’ai testé Trans |B|A|R| sur 9600 entrées (9600 ISBN à convertir): 5 minutes sous classic, 40 minutes sous OS X… Sinon, aucun problème.

l’info chez Quartet

le 02/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #

Keynote, arrière-petit-fils d’une Composphère… | 1

Vie antérieure…

dans groummphh | mémoire | vieillir

Épisodes : un | deux | trois | quatre

Pour mémoire : les premiers trois billets ont été publiés sur MacDigit en 2003 . Ce blog s’est arrêté volontairement en juin 2006 et j’ai rapatrié mes billets en conservant les dates de publication.
Je profite du toilettage d’urbanbike pour revenir sur leur contenu qui balaye quatre décennies de ma vie professionnelle, une sorte de work in progress…!

Avertissement : quasiment tous les outils de production mentionnés dans ces pages sont passés de mode, remplacés par des produits plus performants. Je n’ai pas immortalisé notre univers de travail par des photos.
En 2003, j’ai recherché sur la toile quelques clichés mais c’était manifestement trop tôt ou trop tard…! En 2025, je trouve des ressources que j’ajoute dans ces pages.

Dans MacDigit, le 2 décembre 2003…

J’ai éprouvé un véritable et rare sentiment de nostalgie à la lecture de l’excellent papier de François Cunéo sur Keynote 1.1.1 en novembre 20031. L’évocation de cet outil que je n’utilise pas autant que je le souhaiterais m’a renvoyé quasiment 30 ans en arrière…

Je rappelle que les présentations visuelles à base de graphiques et d’organigrammes ont été imaginées, théorisées et utilisées par les sociétés de conseil avant les années cinquante.

Dans les « Top Ten » comme McKinsey & Company, Booz-Allen & Hamilton, cela a donné lieu à la création de départementsvisuals business graphics dédiés à leur production, etc.

L’objet de ces départements internes était de décharger les consultants de la partie graphique, en les laissant phosphorer sur la stratégie, décortiquer le cœur de métier du client, les opportunités de croissance, les nœuds de productivité, mouliner chiffres et données, faire des propositions… Bref, leur laisser faire leur « job » de consultant sans se soucier de la mise en images…

Ces départements disposaient également de superviseurs, de relecteurs. C’était des personnes non impliquées dans les études mais dont le rôle était de vérifier la solidité des arguments, le narratif de la présentation, traquer les failles de raisonnement, réécrire si besoin les parties mal formulées… Un rôle ingrat, une contrôle qualité pas toujours apprécié des consultants (euphémisme) mais qui s’est avéré essentiel…!

Comment y sommes-nous entrés…?

Les quelques paragraphes qui suivent — un ajout autobiographique — ont été rédigés pour rappeler les ciorconstances qui nous ont amenés, Béatrice et moi, à ce job… Vous pouvez passer au point suivant.

Dans les dernières années de nos études d’archi (fin des années 70), une nième mission d’intérim m’a proposé de travailler quelques mois au sein du département conception et techniques d’une société de promotion immobilière de logements basée alors à Versailles — Breguet maisons individuelles — avant que leur studio interne soit confié à une agence d’architecture externe.

Un challenger des entités américaines comme Kaufman & Broad ou Maisons Levitt monté par Maxime Breguet, de la famille du fondateur de la Société anonyme des ateliers d’aviation Louis Breguet

Ma compagne était intervenue les dernières semaines pour réaliser des perspectives pour une opération immobilière en projet. et cette fermeture surprise nous a amené le soir même à recontacter les agences d’intérim…

Fin de l’histoire…? Non…

La veille de la fin de notre mission, nous avons été convoqués par la secrétaire de direction du promoteur qui regrettait cette situation et nous a communiqué un nom et un numéro de téléphone à contacter de sa part.

Quelques jours plus tard, j’ai contacté — de la part de Myriam G — un certain… Marcel Dunand qui travaillait au sein du bureau de Paris de McKinsey & Company.

Je me souviens de ma première rencontre avec Marcel chez Mck — j’étais venu seul — où il m’avait présenté, avec clarté, chacun des outils de production, depuis la composphère IBM au banc arts graphiques Agfa

Présentation parfaite de l’univers du business visuals graphics qui m’a permis d’être immédiatement opérationnel lorsqu’il nous a fait appel… Je me souviens de l’accueil sympa de l’équipe essentiellement féminine (Gordana, Françoise et, son prénom m’échappe mais pas ses vannes potaches…!) que nous allions épauler…

Une intégration facile…

Dans les semaines qui ont suivi, nous avons démarré cette activité quelques trimestres avant de soutenir, l’un comme l’autre, notre diplôme d’architecte, pensant que ce serait pour quelques mois, sans plus2

En résumé : nous étions devenus ces petites mains agiles qui venaient dessiner des charts et documents de présentation… Nous savions utiliser des rapidos à encre de chine, tracer droit des histogrammes et déjà formés aux charrettes pour sortir nos propres projets sur calques en temps et en heure. Des profils idéaux aux yeux de Marcel Dunand qui nous avait adoubé comme force d’appoint lors de grosses présentations chez McK

C’est au bout d’un trimestre que nous avons fini par réaliser que nous étions des freeLances dans l’une des plus prestigieuses boites de conseil…

Mais il était tout aussi évidents que nous ne devions jamais évoquer les missions une fois sorti du cadre de McK. Ça tombait sous le sens et, effectivement, ce fut compliqué d’expliquer (sic !) à nos proches ce que nous faisions…! Je ne vais évoquer que l’aspect technique du point de vue des exécutants…!

Une cellule de production graphique équipée…

L’équipe des business graphics était à la disposition des consultants et chefs de projet de jour comme de nuit (…si, si, j’ai souvenir d’avoir terminé un job à 3 heures du matin et, au moment de rentrer me coucher, être tombé sur deux gars qui me demandèrent si j’étais d’attaque pour une nouvelle charrette), jours fériés ou non, pour réaliser des rapports finaux à destination des clients ou une présentation visuelle haut de gamme, moment clé pour faire passer les messages ou recommandations, souvent lourds de conséquences.

N’exagérons pas : tout ceci fonctionnait avec un planning mais, régulièrement, nous arrivions à des périodes « critiques » où tout dérapage d’une seule présentation mettait la pression sur les autres en attente.

Un des problèmes majeurs d’une société de conseil est de faire passer correctement son analyse de la situation, ses points de vue, flinguer les partis pris parfois erronés du client, les difficultés qui l’attendent et surtout la stratégie à mettre en œuvre.

C’est pourquoi la fabrication de ces outils de communication à l’attention exclusive du client sont des exercices délicats et la réalisation d’un rapport argumenté ou d’une présentation bien structurée, avec des annexes solides, reste un lourd challenge.

Et, à nos débuts, il n’y avait pas d’outils numériques…!!
Tout était dessiné à la main…

C’est aussi l’un des rares instants où le client a une vision complète des réponses aux questions qu’il a posées à la société de conseil et pour lesquelles il paye une note conséquente !

Un job d’avant le numérique…

Ces départements de business graphics ont inventé toutes les techniques de présentations que nous connaissons maintenant. PowerPoint et consorts ne font que modéliser ce qui a été, au départ, des bricolages réalisés avec des feuilles de papier baryté…!

Ces présentations, faites main, avaient de la gueule… Bien plus que certaines qui sont présentées aujourd’hui, standardisées, quasi interchangeables avec un dégradé bleu.

Si ces départements existent encore au sein de ces sociétés, de plus en plus de consultants réalisent eux-mêmes leurs présentations avec des applications informatiques informatiques et des templates (modèles) “maison”, des banques d’images.

Une présentation s’appuie sur des codes définis : que ce soit le séquençage d’une présentation en plusieurs parties, un rappel visuel en haut des slides3, les résumés intermédiaires, l’idée de ne placer qu’un seul message par page — consigne qui n’a pas été toujours au goût de certains consultants (!!), etc.

Sans oublier l’usage d’illustrations créées ou non pour l’occasion. Les schémas les plus complexes emploient des overlays qui décomposent le process en plusieurs étapes pour le reconstruire lors de l’exposé.

En quelques années, nous sommes passés des premiers rapports papier à l’italienne (comprendre… format paysage) aux transparents noir et blanc, puis couleurs. Puis aux projections en diapositives 35 mm couleur pour les plus grosses présentations devant un public nombreux. Puis la vidéo projection avec des projecteurs Barco surpuissants a remplacé les 35 mm en peu d’années.

Désormais, cela se déroule sur les écrans avec des animations.

Les départements business graphics ont recruté tous azimuts. au départ, des dactylos pour leur capacité à saisir du texte rapidement sur une machine à écrire mais également chez des illustrateurs, les graphistes et étudiants aux Beaux-arts !

Tous ces personnes s’auto-formaient, échangeaient leurs astuces et nous avons appris ce « métier » via Marcel Dunand qui, lui même, l’avait appris de Barbara Minto et Gene Zelazny, les inspirateurs des International Business Communication Standards

Sur la table à dessin…

Comme rappelé précédemment, dans les années 70 et début des années 80, ces documents étaient réalisés à la main, sur des tables d’architecte inclinables et à contre poids. Nous utilisions des stylos à encre de chine d’épaisseurs différentes, de marque Rotring, Faber-Castell ou Graphoplex4.

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Le support, au format Letter ou A4, était un papier blanc relativement épais enduit de kaolin pour permettre les modifications par grattage.

C’est pour cela que nombre de personnes venaient des beaux-arts. Il fallait monter les graphiques au crayon bleu (couleur non prise en compte par la photocopieuse lors du balayage du document), à manier l’encre de chine, à jouer de la lame de rasoir ou du cutter pour placer de la trame adhésive (les fameuses zipatone) sur les différentes séries des graphiques !

Certains titres étaient parfois montés avec des lettres transfert comme celles de Letraset ou Mecanorma.

Quand aux textes, ils étaient saisis à la machine à écrire (…en Orator ou en Prestige Elite) avec deux types d’appareils, celles que vous connaissez peut-être pour en avoir croisé avant leur disparition.

Ces monstres — de grosses machines à écrire Varityper — autorisaient des tailles de caractères plus importantes pour les titres…

Bref, c’était également le temps de la Gutta, cette colle liquide que l’on appliquait au pinceau avec délicatesse car les documents produits étaient multicouches ! Et le typex blanc était souvent indispensable sur des planches trop corrigées…

Entre le croquis d’origine, les modifications graphiques, les superpositions de papiers pour les textes, on en arrivait à produire de véritables mille feuilles qu’il fallait raccorder avec cette Gutta (…bien avant les colles repositionnables en bombe de chez 3M, par exemple).

Les débordements de colle se retiraient alors avec un morceau de crêpe, comme la semelle de chaussures clark’s…!!

À la fin, une photocopieuse Xerox ou IBM camouflait le montage…

Le mille-feuilles revenait (sic…!) à une épaisseur normale puis était reproduit en grand nombre à partir de ce nouvel original pour la réalisation du rapport au client !

Quand cela ne passait plus (…pour cause de trop d’objets empilés lors des corrections et donc des méchantes ombres portées !), on réalisait alors un Copyproof avec le banc de reproduction, genre Repromaster de chez Agfa et ses deux rampes lumineuses gommaient le tout, quitte à retoucher le slide réalisé.

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Cette énorme caméra équipée de deux rampes lumineuses de 1200 Watts, permettait de surcroît d’agrandir ou de réduire sans perte les dessins au trait. On parle bien de Banc Arts-graphiques…

Bref un graphiste en présentations visuelles devait tout savoir faire (dessiner, saisir au clavier, positionner les corrections sur table lumineuse, développer un film Lith, etc.) et — accessoirement — s’abstenir de dormir, les charrettes s’enchaînant les unes derrières les autres5.

Transparents, le must des années quatre-vingt

Aujourd’hui, une présentation visuelle, est projetée via un vidéo projecteur ou directement affichée sur un écran.

Dans les années quatre-vingt-dix, c’était des diapositives6 qui, elles-mêmes, succédaient aux transparents !

En résumé, il y a eu trois générations de présentations qui se sont succédées en se chevauchant au niveau des usages…

Le transparent était l’outil le moins sophistiqué car il n’autorisait généralement qu’un fond… transparent, c’était une sorte de réplique du document source mais avec quelques touches de couleurs ! Pratique pour les présentations informelles, intermédiaires…

En effet, une fois la photocopie effectuée, l’un des moyens les plus économiques et rapides était de réaliser un « transparent » (3M) à partir de tirage !

Pour obtenir ces transparents, nous utilisions de grosses machines (nos fameuses machines à harengs) où la photocopie était passée en même temps que le film ! À la sortie, les deux éléments étaient collés l’un à l’autre et il fallait les détacher avec précaution. Les noirs profonds du transparent dépendaient de subtils réglages (et de pas mal d’essais…).

La mise en couleurs de ces transparents se faisait au cutter avec un nombre réduit de films de nuances lumineuses. Les risques étaient soit une mauvaise découpe au cutter qui se voyait nettement lors de la projection … soit des traces de doigts.
Ensuite le transparent colorisé était monté sur un cadre en carton.

Cadre sur lequel le consultant griffonnait quelques notes à relire au moment où il posait son visuel sur le rétroprojecteur
Une antisèche, quoi !

Puis les diapositives et, enfin, avec le numérique, l’usage de l’écran ou la vidéo-projection à partir de l’info affichée par cet écran…

Composphère/Selectric

Puis IBM sortit LA Composphère ou Electronic Selectric Composer au début des années 61.
Imaginez une énorme machine à écrire noire (…ou bleue), totalement électrique et capable de déposer une typographie de qualité imprimerie sur nos feuilles de papier baryté. C’était une avancée fabuleuse : plus de textes baveux ou flous. Enfin une typo nette !

Cette machine permettait de saisir un texte à blanc pour visualiser son encombrement, de changer de police de caractère via les fameuses sphères, chaque sphère correspondant à une graisse.

Et surtout la frappe s’effectuait avec force sur un ruban de matière synthétique qui venait se coller (…je simplifie) sur le papier.

D’où ces caractères superbes alliés à une plus grande richesse de signes. J’ai essayé de retrouver, sans succès, la photo de cette machine sur internet, niet ! (NDLR si une bonne âme à une photo, nous sommes preneurs)

Suite à cette petite phrase (…en 2003), j’ai reçu des photos réalisées par Gérard qui ont donné lieu à ce billet assez complet en mars 2009Que Gérard soit béni jusqu’à la 9° génération…!.

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L’usage de la Composphère était assez complexe car il fallait, lors de compositions raffinées, changer en permanence de boule, chaque boule correspondant à une typo complète dans un corps et une graisse précise (…vous suivez ?), un style.

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Avec, en contrepartie, un dispositif d’enclipsage de cette boule typo …qui détruisait vos ongles en moins de deux…!

J’ai trouvé sur internet un billet de la bibliothèque de Genève qui montre d’autres clichés de cette étonnante machine à écrire… et j’imagine que l’on peut aussi la découvrir au Musée de la Machine à Ecrire de Lausanne (MMàE)

La première version de la Composphère avait peu de mémoire, juste celle d’un bon paragraphe.

Puis IBM proposa une Composphère à carte magnétique.
Celle-ci permit dès lors d’effectuer des justifications parfaites, de mémoriser des kilomètres de saisie et j’ai le souvenir d’un livre (chez ABC France) auquel j’ai participé, entièrement réalisé ainsi et monté sur du papier, colonnes de textes et dessins “grattés” au rapido compris…

Épisodes : un | deux | trois | quatre


  1. Le billet de François avait été publié dans CUK, autre blog désormais en sommeil… ↩︎

  2. Cette activité a soudainement mis du beurre dans nos rares épinards car nous financions nos études. Architecte, pour mémoire, ce sont six années d’études au minimum… ↩︎

  3. Slide : ce mot passe-partout est utilisé aussi bien pour parler d’une page qu’évoquer sa transcription en diapo projetée sur un écran… ↩︎

  4. Il semble néanmoins que tous ces matériels très performants aient quasiment disparu… J’ai trouvé ceci pour montrer à quoi cela ressemblait : http://www.rotring.de/ ↩︎

  5. Corollaire agréable : les free-lances étaient payés à la fin de chaque mission. Pour nous, étudiants sans appui familial, c’était le jour et la nuit par rapport aux missions via des sociétés d’intérim. Sans oublier quelques clauses implicites, comme le taxi (service G7) et chargé sur la mission qui nous ramenait chez nous en banlieue aux petites heures du matin si l’on finissait la présentation dans la nuit. ↩︎

  6. Des films liths mis en couleurs à la taille (si, si…!) puis des grands liths servant d’orignal et photographié avec un reflex 35 mm… Certes, on a basculé d’un format carré à la diapositive 24x36 mais disponible en autant de versions que demandées (au lieu d’être façonnées individuellement…) ↩︎

le 02/12/2003 à 08:00 | .(JavaScript doit être activé pour visualiser cette adresse email) à JChris d'Urbanbike | #